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Allégations de beauté : quelles preuves, et à quel prix ?

· 10 min de lecture

« Pour des rides moins marquées » est une allégation de beauté. « Protège votre peau » est une allégation de santé. Deux phrases proches, deux régimes juridiques opposés, et une frontière que beaucoup de marques franchissent sans le savoir.

Vous lancez un complément « cheveux, peau, ongles » ? Voici ce que sont les allégations de beauté, ce qui les distingue d’une allégation de santé, les preuves à réunir et leur coût.

Allégations de beauté : de quoi parle-t-on ?

Une allégation de beauté décrit l’apparence : des cheveux brillants, des dents plus blanches, des rides moins marquées. La DGCCRF les définit comme des allégations qui « font exclusivement référence à la beauté » et qui ne peuvent pas être reliées à une fonction du corps.

Conséquence importante : les allégations de beauté ne relèvent pas du règlement européen sur les allégations de santé. Pas de liste officielle, pas d’autorisation préalable. Elles restent en revanche soumises aux règles contre les pratiques commerciales trompeuses : la marque doit pouvoir les prouver en cas de contrôle.

Allégation de beauté ou allégation de santé : la différence

Tout se joue sur une question : la phrase parle-t-elle de l’apparence, ou d’un fonctionnement du corps ? Dans le second cas, c’est une allégation de santé, utilisable seulement si elle figure sur la liste européenne ou parmi les allégations « en attente ».

Allégation de beauté Allégation de santé
Ce qu’elle décrit L’apparence Une fonction du corps
Autorisation préalable Non Oui
Ce qui la justifie Le dossier de preuves de la marque L’autorisation, avec ses conditions (dose minimale)
Exemples « Pour des cheveux brillants », « pour des dents plus blanches », élasticité de la peau, rides « Le zinc contribue au maintien de cheveux normaux », protection de la peau

Les cas limites

La frontière entre allégations de beauté et allégations de santé n’est pas toujours nette, et la DGCCRF le reconnaît. L’hydratation de la peau, par exemple, peut être considérée comme une allégation de santé selon le contexte de communication. De même, dès qu’une phrase décrit un mécanisme (« stimule la production de collagène »), elle quitte l’apparence pour parler d’une fonction du corps.

Autre règle souvent ignorée : une allégation de santé autorisée ne peut pas servir à justifier une allégation de beauté. Si un produit porte les deux, elles doivent être nettement séparées.

À retenir : Une même promesse peut changer de régime selon sa formulation. Dans le doute, traitez-la comme une allégation de santé.

Le dossier de preuves : quelles études prévoir ?

Aucun texte officiel ne fixe la liste des études. La référence du secteur est le guide de Food Supplements Europe consacré à la justification des allégations de beauté. Il laisse la marque choisir ses preuves, parmi trois niveaux :

  • La bibliographie : des études publiées sur l’ingrédient, à condition qu’elles correspondent à la dose et à la forme de votre formule.
  • L’étude de perception : des volontaires prennent le produit en conditions réelles et remplissent un questionnaire d’auto-évaluation.
  • L’étude clinique : des mesures par appareil (par exemple la profondeur des rides ou l’élasticité de la peau), une évaluation par un expert, idéalement en double aveugle contre placebo.

Pour une étude, le guide attend une population représentative de la cible, un nombre de volontaires calculé à l’avance, un protocole et un plan statistique écrits avant le démarrage, et le respect des règles éthiques. Les tests sur cellules ne servent qu’au repérage : ils ne prouvent pas un effet après ingestion.

Dernière pièce, souvent oubliée : un document de synthèse qui relie chaque allégation aux preuves qui la soutiennent. C’est lui que vous présenterez en cas de contrôle.

À retenir : Les études fournies par votre fournisseur d’ingrédient peuvent alimenter votre dossier, si la dose et la forme testées correspondent à votre formule.

Attention à la façon d’afficher les résultats

Côté santé, la DGCCRF juge non conformes les pourcentages du type « 90 % des consommateurs constatent les effets ». Côté beauté, le résultat affiché doit répondre exactement à la question posée aux volontaires, sans interprétation. Les règles de l’ARPP pour les cosmétiques offrent une bonne boussole : annoncer des résultats moyens sur l’ensemble du panel, indiquer le nombre de volontaires et ne jamais présenter un taux de satisfaction comme un taux d’efficacité. Les mentions « cliniquement prouvé » sont, elles, déconseillées.

Combien coûtent les preuves d’allégations de beauté ?

Les laboratoires français travaillent sur devis et ne publient pas leurs tarifs pour ces études. Le tableau ci-dessous donne la moyenne des prix publics de prestataires européens et anglo-saxons, convertis en euros au taux de la Banque centrale européenne du 23 octobre 2026 :

Type de preuve Durée indicative Coût moyen constaté
Dossier bibliographique (études existantes) Variable 4 000 € environ par série d’allégations
Test d’usage ou de perception d’un cosmétique (pour comparaison) 7 à 28 jours 2 900 € environ
Étude de perception d’un complément 4 à 8 semaines 11 000 € environ
Étude clinique courte, sans groupe placebo 8 à 12 semaines 46 000 € environ
Essai randomisé contre placebo 12 à 16 semaines 102 000 € environ
Pour comparaison : demande d’autorisation d’une allégation de santé Variable 750 000 € environ (de 500 000 à 1 000 000 €)

Ces moyennes reposent sur le point médian de chaque fourchette publiée. Un devis réel varie selon le nombre de volontaires, la durée de l’étude et les mesures réalisées.

Un complément se prend plusieurs semaines : ses études durent plus longtemps qu’un test cosmétique et coûtent donc plus cher. À l’autre extrémité, faire autoriser une nouvelle allégation de santé coûte de 500 000 à 1 000 000 € selon le Synadiet, cité par un rapport du Sénat. Pour une jeune marque, un dossier d’allégations de beauté bien construit reste bien plus accessible.

💼 Vos allégations de beauté en sont-elles vraiment ? Je relis votre packaging, votre site et vos posts, je repère les formulations qui basculent en allégation de santé et je vous remets un rapport avec des propositions de reformulation.

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Questions fréquentes

Une allégation de beauté doit-elle être autorisée avant d’être utilisée ?

Non. Les allégations de beauté, qui portent uniquement sur l’apparence, ne relèvent pas du règlement européen sur les allégations de santé. Il n’existe ni liste ni autorisation préalable, mais la marque doit pouvoir prouver ce qu’elle affirme en cas de contrôle de la DGCCRF.

Comment savoir si ma phrase est une allégation de beauté ou de santé ?

Demandez-vous si elle décrit l’apparence (brillance, rides, élasticité) ou une fonction du corps (protection, mécanisme biologique). Dans le premier cas, c’est une allégation de beauté. Dans le second, c’est une allégation de santé, qui doit être autorisée. Pour les cas limites comme l’hydratation de la peau, tout dépend du contexte de communication.

Puis-je constituer moi-même mon dossier de preuves ?

Oui, pour la partie bibliographique : rassembler les études publiées et celles de votre fournisseur, vérifier qu’elles correspondent à la dose et à la forme de votre formule, puis rédiger un document de synthèse. Une étude de perception ou une étude clinique se confie en revanche à un laboratoire spécialisé.

NutraConseils peut-il m’aider sur mes allégations de beauté ?

Oui, dans le cadre d’un audit réglementaire de vos outils de communication : relecture de vos allégations sur le packaging, le site et les réseaux sociaux, repérage des formulations à risque et recommandations de reformulation. La décision finale de communication reste la vôtre.

Prêt à faire le tri dans vos allégations de beauté ?

Les allégations de beauté offrent une vraie liberté aux compléments « cheveux, peau, ongles », à deux conditions : rester sur l’apparence, et pouvoir le prouver. Dès qu’une phrase évoque une protection, un mécanisme ou le fonctionnement du corps, elle bascule dans le régime strict des allégations de santé.

Vos supports mélangent-ils allégations de beauté et allégations de santé ?

Faisons le point ensemble.

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Article rédigé par Laetitia PIQUET, ingénieure nutraceutique et consultante R&D · NutraConseils


Bibliographie

1. DGCCRF. Allégations nutritionnelles et de santé : ne vous faites pas avoir ! Questions/réponses Q16 (allégations de beauté) et Q18 (études cliniques et enquêtes de satisfaction), mise à jour du 5 octobre 2026.
2. Règlement (CE) n°1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires.
3. Règlement (UE) n°432/2012 établissant une liste des allégations de santé autorisées.
4. Food Supplements Europe. Guidelines for the Substantiation of Beauty Claims for Food Supplements, mars 2014.
5. ARPP. Recommandation Produits cosmétiques V8, en vigueur depuis le 1er juillet 2019, points 1.2 et 1.3 (preuves et présentation des résultats de tests).
6. Tarifs publics de laboratoires et de prestataires d’études cliniques et consommateurs (Pays-Bas, États-Unis, Royaume-Uni), consultés en octobre 2026.
7. Sénat. Rapport d’information n°346 (2020-2021) de M. Pierre Médevielle, « Allégations nutritionnelles et de santé : pour une application effective de la réglementation », 4 février 2021.
8. Banque centrale européenne. Taux de change de référence de l’euro du 23 octobre 2026 (1 € = 1,1193 $ ; 1 € = 0,83728 £).

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