61 % des Français consomment des compléments alimentaires, mais 23 % de ceux qui n’en prennent pas encore disent attendre une preuve scientifique ou médicale avant de franchir le pas. Un packaging soigné et une promesse séduisante ne suffisent plus.
Ce basculement change la façon dont un produit doit être pensé dès le cahier des charges. Voici ce qu’il implique concrètement, et comment y répondre sans franchir les limites réglementaires.
Une exigence de preuve qui devient la norme
Les consommateurs attendent désormais des solutions ciblées, étayées par une recherche crédible, et non plus de simples promesses de bien-être général. 77 % citent désormais la promesse d’efficacité comme un critère d’achat clé. Ce n’est plus un argument différenciant réservé à quelques marques premium, c’est en train de devenir un standard attendu par défaut.
Ce que cela signifie pour votre formulation
Concrètement, cela veut dire que le choix des actifs, de leurs dosages et de leurs formes doit s’appuyer sur des données scientifiques solides, idéalement des essais cliniques récents (publiés après 2020) plutôt que sur des études anciennes ou peu robustes.
Deux niveaux de preuve à ne pas confondre
La preuve scientifique peut porter sur deux objets différents, et la distinction est essentielle au moment de construire votre argumentaire.
| Niveau | Ce que ça prouve | Limite |
|---|---|---|
| Études sur l’ingrédient | Efficacité d’un actif isolé, à un dosage donné | Ne garantit pas que votre produit fini (formule, dosage, forme galénique) produit le même effet |
| Études sur le produit fini | Efficacité de votre formule telle qu’elle est vendue | Coût et délai plus importants, mais preuve directement exploitable pour votre marque |
Vérifier l’indépendance des études avant de choisir un actif
Pour cibler des ingrédients réellement efficaces, un critère est trop souvent ignoré : qui a financé l’étude. Une étude payée par le fournisseur de l’ingrédient qu’elle évalue présente un risque de biais, même publiée dans une revue à comité de lecture. Privilégiez les études indépendantes, financées par un organisme public, une université ou un tiers sans lien commercial avec le fournisseur.
À retenir : Avant de retenir un actif, vérifiez le financement des études qui le soutiennent. Une littérature abondante mais entièrement financée par le fournisseur mérite d’être regardée avec prudence.
Preuve scientifique et allégation autorisée : deux choses différentes
Un point est souvent mal compris : disposer d’études cliniques sérieuses sur un ingrédient ne donne pas automatiquement le droit de communiquer sur ses effets. Seules les allégations évaluées et autorisées par l’EFSA peuvent être utilisées dans une communication commerciale, quelle que soit la qualité des études disponibles par ailleurs.
Communiquer sur des résultats d’études : ce qui est possible
Vous pouvez vous appuyer sur les résultats d’une étude clinique dans votre communication, mais seulement dans deux cas : l’étude soutient une allégation de santé déjà autorisée par l’EFSA, ou elle soutient une allégation en attente d’évaluation (allégation « on hold »), à condition de disposer d’un dossier scientifique solide en cas de contrôle. En dehors de ces deux cas, aucune mention d’effet santé n’est autorisée, même si l’étude existe et qu’elle est de qualité.
Faire tester son propre produit fini : une option, à un coût
Au-delà des études sur les ingrédients, des sociétés spécialisées réalisent des études cliniques et des études consommateurs sur mesure, directement sur votre produit fini. L’objectif : obtenir une preuve d’efficacité propre à votre formule, exploitable pour votre communication et pour crédibiliser votre marque face à la concurrence.
En France, un essai clinique complet reste coûteux, souvent plusieurs centaines de milliers d’euros, mais il est éligible au Crédit d’Impôt Recherche (CIR) lorsqu’il est mené par un organisme accrédité, ce qui réduit sensiblement le coût réel pour votre entreprise.
Des organismes français pour vous accompagner : CEN Nutriment, Biofortis et le centre NutrInvest de l’Institut Pasteur de Lille sont spécialisés dans les études cliniques et observationnelles sur les compléments alimentaires. IRISCO, agence conseil en nutraceutique, accompagne aussi les marques et fournisseurs d’ingrédients sur le sourcing, la formulation et l’objectivation scientifique, avec des prestations éligibles au Crédit d’Impôt Recherche. L’annuaire de l’AFCROS (association française des CRO) permet également d’identifier un prestataire adapté à votre budget et à votre calendrier.
Deux stratégies selon votre budget
Pour une jeune marque qui démarre, la priorité est de sélectionner des actifs déjà soutenus par des études indépendantes récentes, publiées après 2020, et compatibles avec une allégation autorisée ou en attente. Pour une entreprise disposant d’un budget dédié, financer sa propre étude clinique ou consommateur sur le produit fini devient un levier de différenciation réel : la preuve n’est plus seulement celle de l’ingrédient, elle est celle de votre marque.
À retenir : Commencer par des ingrédients objectivés par des études indépendantes, puis, une fois la marque installée, investir dans une étude sur son propre produit : c’est la progression la plus réaliste pour la majorité des jeunes marques.
Questions fréquentes
Combien coûte une étude clinique sur un complément alimentaire en France ?
Un essai clinique complet reste coûteux, souvent plusieurs centaines de milliers d’euros, mais il est éligible au Crédit d’Impôt Recherche (CIR) lorsqu’il est mené par un organisme accrédité, ce qui réduit sensiblement le coût réel pour l’entreprise.
Peut-on communiquer les résultats d’une étude clinique sur un complément alimentaire ?
Oui, mais seulement dans deux cas : l’étude soutient une allégation de santé déjà autorisée par l’EFSA, ou une allégation en attente d’évaluation, à condition de disposer d’un dossier scientifique solide en cas de contrôle. En dehors de ces deux cas, aucune mention d’effet santé n’est autorisée, même si l’étude existe et qu’elle est de qualité.
Quelle différence entre une étude sur un ingrédient et une étude sur un produit fini ?
Une étude sur l’ingrédient prouve l’efficacité d’un actif isolé, à un dosage donné, mais ne garantit pas que le produit fini (formule, dosage, forme galénique) produit le même effet. Une étude sur le produit fini prouve l’efficacité de la formule telle qu’elle est vendue : plus coûteuse, mais directement exploitable pour la marque.
Comment vérifier la fiabilité d’une étude sur un ingrédient ?
En vérifiant qui l’a financée. Une étude payée par le fournisseur de l’ingrédient qu’elle évalue présente un risque de biais, même publiée dans une revue à comité de lecture. Les études indépendantes, financées par un organisme public, une université ou un tiers sans lien commercial avec le fournisseur, sont à privilégier.
Prêt à construire un produit crédible ?
La preuve scientifique n’est plus un supplément d’âme, c’est devenu un critère d’achat. Autant s’appuyer dessus dès la conception du produit plutôt que de le découvrir après coup.
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Article rédigé par Laetitia PIQUET, ingénieure nutraceutique et consultante R&D · NutraConseils
Bibliographie
1. Règlement (CE) n°1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires.
2. Synadiet / Xerfi. Les Français et les compléments alimentaires, chiffres de consommation.
3. Bio Linéaires. Compléments alimentaires : point sur les allégations santé, coût des essais cliniques et Crédit d’Impôt Recherche.
4. Société Française des Antioxydants. Quelle étude clinique pour soutenir son allégation ?
5. Nutritional Outlook. 2026 Ingredients to Watch: consumer demand for clinical substantiation.
6. Kline Group. Top Food & Nutrition Trends 2026.
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